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En Tournée

Garde-barrière et garde-fous

Présentation

Je vais mettre en scène deux interviews : celle d’une garde barrière et celle d’une infirmière en hôpital psychiatrique. Ces deux interviews recueillies sur France Culture datent de 2008 et 2007.

Ces deux femmes atteignent la cinquantaine. Elles n’ont rien à voir entre elles : la première, Monique, est garde barrière à Bourg-en-Bresse. Elle travaille seule. Entre la guérite et la maison elle attend que les trains s’annoncent pour baisser la barrière de protection. Elle parle à très peu de gens. Elle est rarement chez elle. Elle est éloignée de la ville. Elle vit en plein air et en plein jour la majeure partie du temps. La seconde, Catherine, travaille la nuit à l’hôpital Saint-Anne, à Paris. Elle va de chambre en chambre dans un couloir, une torche électrique à la main. Elle parle à beaucoup de gens, des malades qu’elle s’efforce d’aider à dormir. Monique sait très bien que les barrières de la SNCF sont en train de disparaître et que, dans peu de temps, il n’y en aura plus à garder. Elle est une femme délaissée. Par contre, des fous, il y en a de plus en plus. Ils ont besoin d’être gardés, eux, surtout la nuit quand la solitude les épouvante. Catherine est une femme dont on ne peut se passer.
Vies normales. Professions dures, journées longues, éprouvantes nerveusement. Professions sous-évaluées, mal rétribuées, peu reconnues. Elles sont des millions dans la France d’aujourd’hui. Elles ne soulèvent ni enthousiasme, ni indignation : ce sont des vies normales. Et pourtant, à écouter Monique et Catherine, nous sommes étonnés. Nous découvrons qu’elles existent et à quel point ce qu’elles font est extra ordinaire et nous donne envie de vivre.
Il y a dans ce spectacle le jour et la nuit. Le jour de la garde barrière et la nuit de la garde fou. Le vacarme des trains le jour, le ronflement des malades la nuit, la quasi immobilité de Monique et les allées et venues de Catherine dans son couloir. Il y a la campagne qui environne Monique, il y a les murs de l’hôpital autour de Catherine.
Toutes deux gardent. Toutes deux regardent. Toutes deux surveillent et protègent. Une horloge règle leur temps de travail. Les malades de Catherine, la nuit, demandent souvent quelle heure il est.
Ce jour-là, cette nuit-là, Monique et Catherine vont pouvoir parler sans heurts de ce à quoi elles pensent. Souvent, Monique évoque le passé. Catherine n’en a pas le temps : elle est toute entière au présent.
Ces deux interviews très contrastées ne constituent évidemment pas un texte écrit. Elles ne sont pas, a priori, destinées à « faire » du théâtre. Il n’y a pas d’auteur dramatique. Pourtant, voilà bien longtemps que l’écriture théâtrale, elle, a su s’emparer de ces paroles brutes de gens oubliés pour en organiser des spectacles que nous avons encore en mémoire. Le Théâtre de l’Aquarium dont j’ai fait partie pendant de longues années a grandi sur ce qui me semble être une vérité forte, à savoir que si l’on veut parler des hommes et des femmes de notre temps, il faut d’abord écouter ceux qui n’ont pas la parole.
Une actrice seule interprètera ces « personnes » qui, au théâtre, deviendront forcément des personnages.

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