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Les Anciens Spectacles

Courteline, Amour noir

Présentation

Courteline, Amour noir est un spectacle constitué de trois pièces relatives à « la vie de couple » : La Peur des coups, La Paix chez soi, Les Boulingrin. On parle parfois de ces pièces brèves comme étant des « saynètes ». « Un acte, un seul acte, voilà ma mesure au théâtre. Que voulez-vous, je n’ai pas d’imagination. »

Courteline ne combine pas d’intrigues. Le quiproquo lui est étranger. Il n’a aucune disposition pour la « machine bien faite » à la Labiche ou à la Feydeau, pour ne citer que les plus connus. Ce n’est pas un charpentier. Courteline fait court. Il écrit donc des « saynètes ». Ses sujets ne comportent pas de développement. Il ne complique pas. Si bien que ce fils de vaudevilliste va aller contre la tradition comique du temps et écrire ce qui se situe à l’opposé du vaudeville : la « tranche de vie ». Cruelle, féroce, réaliste, « quotidienne ». C’est toujours court, une tranche de vie, et c’est souvent cruel et féroce : son auteur veut frapper vite et fort. Il n’a pas le temps. Et Courteline, avec ces trois pièces que je propose va exceller à mettre en jeu, avec rapidité et grand mouvement, des rapports hommes-femmes particulièrement « vrais », particulièrement sombres, situés bien en dessous du médiocre. Personnages teigneux, sans amour véritable. Toujours proches de la vie ordinaire, de « notre » propre vie, à la différence des vaudevilles de Feydeau dans lesquels nous ne nous reconnaissons jamais. On se reconnaît chez Courteline. Le miroir qu’il nous tend est peu déformant.

Courteline est un pessimiste, bien entendu. Un pessimiste pourvu d’un don d’observation aussi aigu que celui de Labiche, autre grand pessimiste. Ce pourrait être du Henri Becque, mais cela n’en est pas pour une simple et bonne raison : c’est drôle. Très drôle. La forte intensité comique de ces « saynètes » est terrible, surréelle. On n’avait jamais vu sur scène de telles farces, et on n’en verra jamais plus.

Ainsi, en 1891, c’est le théâtre d’avant-garde le plus novateur de l’époque qui va ouvrir ses portes à Courteline, le Théâtre Libre d’André Antoine, celui qui lança à cette époque une véritable machine de guerre contre le théâtre de Boulevards et tous les conformismes régnants, celui qui fit notamment découvrir Strindberg et Ibsen. On a du mal à comprendre aujourd’hui que Courteline fut un représentant de l’avant-garde théâtrale de la fin du XIXème siècle.

La Peur des coups, La Paix chez soi, Les Boulingrin mettent en scène un lâche avec une épouse trop belle, un littérateur minable et mesquin avec une petite femme rouée, un couple haineux qui passe son temps à se déchirer et à déchirer son invité jusqu’à la terrible explosion finale, résolument dévastatrice.

Comique et triste inévitablement, comme le furent les « saynètes » de Karl Valentin, Courteline, Amour noir veut relire, revoir et redécouvrir cet auteur de génie dont un journaliste disait en 1898 :
« Il n’a pas l’air gai, monsieur Courteline, avec sa figure triste, sa démarche dolente et son geste uniforme pour ramener quelques cheveux sur ses tempes ; mais, avec son air de pompes funèbres, il a mis la salle en joie… »

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